Taghia: « génération G, passe ton chemin ».

Encore un article sans photo, limitation des connexions oblige.

Cela fait déjà quelques temps que je suis à la recherche d’un terme pour définir une nouvelle tendance de l’escalade. Lors de notre séjour aux USA, nous sommes passés du Yosemite où l’escalade traditionnelle (on pose ses propres protections) est la norme, à des sites sportifs (mapple canyon pour l’occasion) où l’on se croit en salle (un point tous les mètres, des dégaines fixes partout, et tous les grimpeurs qui clippent le 4ème point à 6 mètres de haut à la perche). Cela m’a conforté dans une intuition qui, depuis quelques temps déjà, faisait son chemin. La pratique de l’escalade se spécifie en deux visions bien différentes.

Une première, canal historique je dirais, où l’escalade est issue de l’alpinisme et de la montagne en tant qu’outil de progression. Un certain engagement (à ne pas confondre avec une mise en danger) y est de mise, ainsi qu’une certaine humilité face à la difficulté et au milieu. Lorsque dans une voie la cotation est obligatoire et qu’il n’est pas possible de tirer au point pour aller chercher où sont les prises, ou bien pour passer le passage dur, il faut accepter de grimper au-dessus du point, accepter la perspective de la chute et celle de l’échec. L’équipeur n’aura pas été mettre des spits dans une voie en trad’ sans en parler à l’ouvreur, et il équipera plutôt du bas. Le grimpeur, dans son activité, y cherchera un rapport privilégié avec le milieu, une certaine harmonie avec la nature et le rocher.

Le grimpeur de la génération G (G pour gym, de climbing-gym en anglais), pratique l’escalade comme il ferait du foot, de la natation, ou de l’athlétisme. Il pratique principalement en salle, et lorsqu’il va en extérieur, il va privilégier les sites sportifs à la grande voie ou à l’escalade traditionnelle. Souvent, le point un peu loin le dérange, voir lui fait faire demi-tour, même si c’est loin au-dessous de son niveau. La perche (clip-stick en bon franglais) est sa compagne de grimpe. Il est, par contre, capable de travailler à de nombreuses reprises la même voie pour faire la croix et afficher la perf’. Du côté institutionnel, la promotion de l’olympisme, de la compétition et le désengagement de la pratique extérieure (conventionnement et entretien des sites) vont également dans ce sens.

Ici, à Taghia, on est en plein dans le premier cas de figure. Rien que l’accès à la voie se mérite. Il faut souvent remonter un canyon, passer un « pont » berbère, chercher la bonne vire et même parfois ramper dans un bloc coincé dans le même canyon pour passer. L’équipement des voies y est bon, mais bien typé grande voie. Sur 40 mètres, on dépasse rarement les 10 points, et ceux-ci protègent les pas durs. Si la longueur vaut 6c, dans la partie en 6a le point d’après s’éloigne parfois jusqu’à 6 mètres avant le prochain passage dur. Engagé mais jamais Expo. Les côtes sont également bien sèches, les longueurs presque toujours belles voir magnifiques mais rarement rando. Ici, même le 6a se mérite. Une fois la voie terminée, il faut encore louvoyer dans la montagne, chercher les cairns, déjouer les fausses pistes des chèvres, moutons et autre faune locale, et ne pas perdre de temps pour rentrer au village avant la nuit.

Du fait de l’isolement, l’engagement et le rapport à la chute au cœur de l’Atlas marocain ne sont pas exactement les mêmes que sur une falaise en Europe. Ici, pas de PGHM. Le trajet pour l’hôpital commence sur une table avec 4 porteurs, où sur un âne, pour descendre les 8km de sentier et se poursuit par 70km de piste. Se faire une cheville ici n’a pas la solution aussi rapide que devant l’hôpital au Chili (non, je ne vise personne).

Par contre, on évolue dans un paysage sublime où les gens sont simples et chaleureux. Les crêpes du matin y sont carrées, le thé vert et le pain frais à tremper dans l’huile en rentrant de la montagne, les bienvenus. Même l’alternance couscous-tagine, ou tagine-couscous, qui pourrait sembler rébarbative ne l’est pas. Les plaisirs sont simples et authentique, l’escalade aussi.

2 commentaires sur “Taghia: « génération G, passe ton chemin ».

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